La Poupée d’Aïcha

LA POUPÉE D’AÏCHA
Paroles & Musique: Erik Karol

I

Elle l’étreignait si fort, se cachant sous les draps
La poupée d’Aïcha a perdu ses deux bras
Et se pendre à son cou, elle ne pourra plus
Sous la pluie en marchant lorsqu’elles étaient perdues

Et puis ils sont entrés, hélas ils l’ont trouvée,
Son petit cœur tremblait, et ses larmes coulaient 
Avec ses grands yeux noirs, tout grand écarquillés,
Elle les a regardé, là, recroquevillée.

De vengeance et de sang ils étaient assoiffés
Devant son corps tout frêle, elle a mis sa poupée,
Un bouclier d’amour, un rempart inutile,
Contre la barbarie de monstres imbéciles.

Une femme soldat rechargea son fusil,
Aïcha avait l’âge, peut-être de sa fille
On lui avait appris quand elle était enfant
Qu’à Gaza il n’y a pas un seul innocent.

Ma petite rebelle, un peu comme Papa,
Ne montra pas de peur et puis elle s’avança
En levant sa poupée vers la femme soldat
Qui tira sur ma sœur en riant aux éclats.

La poupée bouclier, pour mieux la protéger,
A sacrifié ses bras tous les deux arrachés
Mais Petite Aïcha y a perdu ses doigts
Maman qu’avons nous fait pour en arriver là.

Souviens toi qu’elle voulait apprendre le piano
Si la sol fa mi ré, il n’y a plus de Do.

Elle a fait de son mieux la poupée d’Aïcha
Ils ont même tué notre tout petit chat.
Elle s’ auto proclame l’armée la plus morale,
Mais c’est l’armée du mal, ces salauds de Tsahal.

II

Je voulais tout apprendre comme une gourmandise
Tu voulais que je sache, tu voulais que je lise.
Mon école éventrée n’est plus qu’un souvenir
Je n’ai plus de raison de croire en l’avenir.

Ils ont assassiné ma maitresse adorée
Nos poètes de paix, nos écrivains athées.

Je voulais arpenter tous les chemins qui mènent
A Rome, à Pompéi, au bras d’une païenne.
Puis flâner à Paris sur les bords de la Seine
Pour guérir de la haine, et y noyer mes peines.

Prendre le gouvernail d’un bateau de corsaire
Et connaître les noms de chacune des mers.
Naviguer sur les flots, au sextant des sirènes,
Et piller tous les rois, faire miennes les reines.
 
Découvrir les secrets des hautes pyramides
Des Incas ou d’Égypte, celles de l’Atlantide,
Éperdument perdues dans les fonds aquatiques.
Une empreinte immergée de ce monde tragique.

Ne pleure pas ma mère, ne sois pas à genoux
Je ne partirai pas, je veillerai sur vous.

III

Mon papa voulait tant que je sois avocat
Défendre les plus pauvres, porter toutes leurs voix
Ce sont d’autres barreaux qu’à l’infini je vois
Et ces bourreaux sanglants qui nous traitent de rats.
 
Il aura défendu notre maison en ruine,
Et nous aura sauvé d’une atroce famine
Au péril de sa vie, en cherchant tous les jours
Un peu de nourriture.. Pour moi c’est çà l’Amour.
 
Mais Papa n’est plus là, il ne reviendra plus
Il nous a protégé autant qu’il aura pu.
Ne pleure pas Maman, ne sois pas à genoux,
Je ne partirai pas, je veillerai sur vous.

Il aura défendu notre maison en ruine,
Et nous aura sauvé d’une atroce famine
Au péril de sa vie, en cherchant tous les jours
Un peu de nourriture.. Pour moi c’est çà l’Amour.

Pour éteindre le feu, Papa a tout tenté
Ils se sont amusés de le voir essayer
S’il s’est mis à genoux, ce n’est pas pour prier,
Ils avaient incendié ces nobles oliviers.

Il s’est placé devant le plus vieux, le plus grand,
Celui que ses aïeux plantèrent en partant
Quand ils furent chassés il y a bien longtemps
Moi je n’étais pas né, mais suis je bien vivant ?

Ils se sont propagés comme une maladie,
Effacent nos mémoires et créent des colonies,
Des cellules malignes qui grignotent nos vies
Il paraît que ces fous attendent le messie.

C’est bien mieux d’irriguer des plaines d’oliviers
Que d’ériger des murs ou de s’y lamenter.
C’est si beau de les voir s’étendre à l’horizon
Mais eux ne pensent qu’à détruire nos maisons.

Quand ils brûlent un arbre ils insultent la vie
Eux apportent la mort, et Lui porte la vie.
L’olivier de Papa un matin renaîtra
Car il a pris racine, eux ne le peuvent pas.

Ô Maman, il ne faut pas se voiler la face,
Ce dieu n’existe pas ou il est fait de glace.

Tu auras beau prier, l’implorer, le crier
Lui demander tout bas de venir nous sauver
Tu vois bien qu’aucun dieu ne viendra nous aider
Et il ne viendra pas non plus pour nous juger.

Oh Maman s’il te plaît, n’écoute pas tous ceux
Voulant emprisonner tes beaux et longs cheveux
Il ressemblent au piano dont Aïcha rêvait
Ils sont noir, ils sont blanc, il faut les libérer.

Si, la, sol, fa mi ré, ils sont longs, ils sont beaux
Si, la, sol, fa mi ré, ils pleuvent dans ton dos
Ta figure est si belle il faut la dévoiler
A ceux qui n’ont aucune idée de la beauté.

IV

S’il existe vraiment, il n’est pas mon ami
Jamais à ses mensonges je ne serai soumis.
Et j’irai de nouveau tout au devant de lui
Incendier à mon tour son foutu paradis,

Où il n’y a pas de vierge, et surtout pas de saints
Ils ont tout inversé, car c’est lui le malin.
Je lui ferai la peau cette fois c’est promis
Car c’est lui le malin et on vous a menti.

S’il existe vraiment, j’irai dans les tréfonds
Avec mes ailes noires et la lumière au front
Je descendrai vers lui car il n’est pas au ciel
Il dégage une odeur de mort, pestilentielle.

J’abhorre vos idoles, vos gourous et vos rois
Vos professions de foi, vos verrous et vos lois,
Je maudis votre étoile et méprise vos croix..
Je maudis votre étoile et méprise vos croix !

Vos processions de paix, élevage d’insectes,
Avant de faire la guerre à de rivales sectes.
A celui qui n’adore pas le même dieu
A tous ceux qui ne prient pas les mêmes cieux.

Tous vos prophètes sont frappés de cécité
Que brûlent vos cités, vos viles sociétés.

Je ne manquerai pas d’injurier leur messie
Je maudis ce maudit et trois fois le maudis.
Il sera crucifié…. Une seconde fois…
Quelque chose me dit qu’il ne reviendra pas

De sa grotte magique, de sa piste aux étoiles
On a vendu la mèche, et soulevé le voile.
Et au troisième jour, on ne verra plus rien
Que quelques bouts d’étoffe et des restes humains.

Tout au fond de sa grotte, on n’entendra plus rien,
Se nourrissant de lui, que des rats et des chiens,
Une chair suppliciée, un suaire mal-saint.
Et au troisième jour, on ne verra plus rien.

Je serai l’apostat contre cet imposteur
Ils ont tout inventé , inversé les valeurs
Et s’il vit bien au ciel, si je me suis trompé
Je volerai sans peur, je l’escaladerai,

Je serai l’Androgyne de l’antique nature
Je lui ferai la peau cette fois je le jure
Je serai Lucifer, cette fois à son tour
Je le ferai tomber..qu’il aille se faire .. Foudre !

Et je serai l’audace de tous les blasphèmes
Si je cris tout cela, c’est pour dire que je t’aime
Non il n’existe pas, il n’y a pas de dieu,
Mais il y a des anges si tu ouvres tes yeux.

Maman ne pleure pas, si je dis ces blasphèmes
Et si je les consacre, c’est pour dire que je t’aime.
Il nous faut blasphémer , ça rime avec Aimer.
Il nous faut blasphémer , ça rime avec Aimer.

Il restera des anges, des anges en liberté
Qui ne cacheront plus leur belle nudité
Dans l’incommensurable et absolue beauté
Il restera des anges, des anges dévoilés

Aucun signe extérieur de ces fables grotesques
Nous allons tout changer…et nous y sommes presque.

 

Mais je rêve maman..Et j’aime bien rêver.
Pour le moment maman , je suis simplement là.
Blotti tout contre toi., je ne partirai pas..
Et je m’endors Maman… Car j’aime bien rêver.

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